Expés Hoang
Pendant5 semaines, du 6 juillet au 10 août 2000, nous sommes partis au Pérou pour réaliser l'ascension de 3 sommets de la Cordillère Blanche, le Pisco (5750 m) le Chopicalqui (6354 m) et l'Alpamayo (5947 m). Durant la dernière semaine de ce séjour nous sommes allés plus au sud du pays pour visiter la fabuleuse cité Inca du Machu Picchu. Dans ce site vous trouverez une partie récit de notre aventure et une partie moins romancée contenant tous les détails pratiques de l'expédition puis une galerie des photos que nous avons rapportées d'Amérique du Sud.
"Nous", c'est sept jeunes de 21 à 26 ans, cinq élèves de l'Ecole Polytechnique de Paris, un enseignant et une étudiante en médecine : Aurélie Loireau, Luc Deshayes, Quentin Diot, Gilles Hoang, Alexis Loireau, Sébastien Plumet, et Philippe Sikora. Depuis plusieurs années passionnés de montagne, nous pratiquions l'alpinisme sous plusieurs de ses formes. L'Ecole Polytechnique nous a réunis et au fil de nos sorties de ski de randonnée, cascade de glace, goulottes, alpinisme classique ou escalade, s'est monté un projet et une équipe soudée pour partir dans la Cordillère des Andes. De décembre 1999 à juillet 2000 nous avons monté l'expédition : recherche de sponsors, achat du matériel spécifique aux froids intenses que nous pourrions rencontrer à 6000m, collecte des informations de tourisme ou de montagne afin de réussir au mieux notre voyage. En janvier, le programme est arrêté, prévoyant juste ce qu'il faut de plages de repos entre les sommets et susceptible d'être modifié sur place en fonction des conditions. Il prévoit cinq semaines au Pérou : une semaine de trek et d'ascension du Pisco pour s'acclimater, une semaine d'ascension du Huascaran, une semaine pour celle de l'Alpamayo, enfin une semaine pour le trek menant au Machu Picchu, les 7 jours restant étant utilisés pour les liaisons ou les périodes de repos. Début février, les billets d'avion sont réservés : nous partons le 6 juillet 2000 à 7 heures du matin pour Lima. Retour le 7 août suivant.
Après 12 heures d'avion, 6 heures de sommeil à Lima puis 400 km et 10 heures de bus nous arrivons enfin à Huaraz, petite ville de la moitié nord du Pérou, base de départ pour la Cordillère Blanche et la Cordillère Huayash. Nous avons une seule journée avant le départ pour le trek de Santa Cruz. Elle sera mise à profit pour régler les derniers détails de la randonnée et du sommet. Nous réservons deux porteurs à la Casa de Guias (Bureau des Guides) qui nous rejoindront quatre jours plus tard au pied du Pisco avec notre matériel. Du moins nous l'espérons...
Le taxi qui nous emmène vers le départ du trek est heureux. Sept jeunes européens viennent de lui payer 8 fois le prix normal de sa course. Bonne journée qui commence. A Cashapampa nous avons quitté la vallée moderne. Nous sommes au départ du trek, au bout d'une longue route sableuse à flanc de montagne qui nous a donné nos premières sensations : le permis de conduire péruvien s'obtient au bout d'une seule journée de cours ... Nous étions 10 dans le combi japonais, taxi appelé collectivo, qui nous a montés. Dix plus un sac de grains de 25 kg et un cochon noir, et moins un morceau de la porte latérale que nous avons perdu en route. Ce n'est qu'un début, nous ferons beaucoup mieux au cours du séjour.
A 16 heures, après 4 heures d'attente et de palabres, nous partons enfin remonter la vallée du Santa Cruz avec les deux mules et le muletier dont nous venons de louer les services. La nuit tombe à 18 heures. Premier campement isolé et tranquille au bord d'un ruisseau. Premier réveil frisquet à 4000 m, au fond d'une vallée. Le lendemain, 10 juillet, nous passons au lieu-dit Llamacoral où la vallée s'évase, son fond s'aplatit et est occupé par des lagunes et des lacs. Nous découvrons les premières cimes de la Cordillère Blanche, le Caraz sur notre droite, le Quitaraju et l'Alpamayo sur notre gauche. Nous dépassons le chemin qui part sur notre gauche au camp de base de l'Alpamayo et après 5 heures de marche ce jour-là, nous arrivons à 4250 m au pied du col de Punta Union et du magnifique Taulliraju où nous établissons notre camp. Il a fait chaud la journée. A la suite d'un pari stupide, nous partons nous baigner dans l'eau de fonte du ruisseau, à l'ombre, à 4250m. Gorges douloureuses et bronchites dès le lendemain. A cette altitude, l'eau bout à 70°C. Sans cocotte-minute, il est illusoire de vouloir faire des pâtes mangeables. Menu de ce 10 juillet soir : pâtes.
Le lendemain, nous passons le col de Punta Union (4750m) dans le brouillard puis nous redescendons de l'autre côté dans une vallée assez différente car beaucoup plus humide. Nous campons dans un enclos à moutons à une heure de marche de Vaqueria que nous atteindrons le lendemain. Nous quittons le muletier, assez en peine de nous voir partir car normalement le voyage, donc sa paie, demande plus de temps et cherchons un moyen de transport pour passer le col du Chopicalqui. Vaqueria est plus un lieu dit qu'un village. Il est composé de deux baraques, une de chaque côté de la route et il est difficile de résister aux assauts du taxi en place et d'attendre un bus qui, nous assure-t-on ne viendra jamais. Un bus arrive, il en passe de fait plusieurs par jour dans les deux sens. Echec commercial du taxi. Il nous dépose de l'autre côté du col, au camp de base du Pisco. Nous y retrouvons les deux porteurs que nous avons engagés avec notre matériel de montagne (soulagement). En deux heures nous montons au premier camp, juste en dessous du luxueux refuge (plus confortable qu'un refuge dans les Alpes, mais nous n'avons pas osé demander le prix) où nous montons le campement. A côté de nous, un poulet gambade. Viande fraîche montée par une des expés commerciales avec qui nous partageons le camp.
Le lendemain, nous nous reposons un peu au camp, c'est ce qu'on appelle la période d'acclimatement (les premiers maux de crâne commencent à se faire sentir...). Le matin pour deux d'entre nous (ils accompagnent les porteurs qui redescendent tout en bas le jour même) et l'après-midi pour les autres, nous atteignons en deux heures le camp situé en haut de la belle (ça dépend des goûts évidemment) et imposante moraine du glacier du Pisco où se situe le dernier camp à 4900m. Les nuits sont franchement fraîches. Il fait -5°C dans les tentes et -10/-15 la nuit à l'extérieur. Il neigeote. Lever à trois heures le 14 juillet. L'ascension est aisée (elle est cotée F), on rejoint en deux heures le col du Pisco puis on remonte en deux heures sa très large arête sud-est. La trace est énorme, seules quelques courtes pentes à 40° (les derniers mètres notamment) rompent la monotonie de l'ascension. Une dernière cloche de 20m de haut protège le sommet. Par un petit passage de 2m nous atteignons enfin les 5750m. Il fait beau. Le panorama dévoile Huandoy, Chacraraju, Alpamayo et Huascaran. Leur blancheur semble d'ici immaculée. Leurs couvertures de neige finement ciselées d'ice-flutes et de pénitents sont éblouissantes. Personne ne subit de Mal Aigu des Montagnes (MAM) même si l'altitude fatigue et si certains auront fait le sommet avec plus de peine que d'autres. Nous redescendons cependant rapidement, pressés de laisser là-haut nos maux de tête. Nous arrivons à la piste en fin d'après-midi où plusieurs collectivos attendent les trekkers et alpinistes de retour du Pisco. Pour 70 soles, nous serons à Huaraz le soir même... A 21 personnes dans un collectivo -ce sera notre record- dont trois Québécoises que nous saluons au passage.Nous profitons de nos deux jours de repos pour récupérer, changer d'hôtel et préparer
l'ascension du Huascaran, le deuxième sommet d'Amérique Latine. Au
cours de la montée au Pisco, nous avons rencontré des porteurs et
leur avons parlé de nos projets. Le service client en Cordillère Blanche
est excellent et ce sont six porteurs qui se présentent à nous le
lendemain matin de notre retour. Après d'âpres discussions (les premières...)
nous nous mettons d'accord avec deux d'entre eux pour les six jours
du Huscaran. Le 16 juillet un des deux porteurs que nous avions engagés
pour la voie normale du Huascaran nous apprend que trois personnes
viennent d'y trouver la mort à cause de chutes de séracs, que la voie
reste dangereuse, qu'il ne veut donc pas y aller et que le second
porteur est du même avis. Nous sommes dimanche, il est impossible
de vérifier ces informations. Nous nous rangeons cependant à son avis
et nous nous décidons rapidement pour la voie normale du Chopicalqui.
Le sommet est moins haut, mais la voie probablement plus belle.
Le
17, après deux jours à Huaraz, nous reprenons un collectivo avec nos
porteurs. Le second ne semble manifestement pas au courant du changement
de programme, en particulier pas du fait que nous ne l'employons plus
pour six mais trois jours. Secondes discussions, un peu plus difficiles...
Le collectivo nous amène à Caraz où nous devons changer de bus.
Au début, tout se passe bien, mais le conducteur se rend rapidement
compte qu'il a vendu beaucoup plus de tickets que de places disponibles
dans sa grosse caisse à savon. Re-discussions parce qu'évidemment
le collectivo qu'il nous propose en remplacement ne demande plus le
même prix... Re-discussions, donc, les troisièmes et secondes d'une
journée qui a pourtant débuté il y a peu de temps. Il est 10 heures.
Bonne journée... Finalement, après ces quelques délais nous arrivons
au point de départ du Chopicalqui, au-dessus de camp de base du Pisco,
au-dessus des lagunes de Llanganuco. En une demi-heure nous atteignons
le camp de base, puis nous remontons deux longues moraines interminables.
Les porteurs sont lourdement chargés mais montent au même rythme que
nous. Dans la dernière montée, nous leur prenons une tente et un peu
de matériel pour les alléger. Quelques souffrances intestinales étaleront
notre temps de montée entre 3 heures et 6 heures et demi pour le dernier,
qui vit un véritable chemin de croix, avec des stations tous les deux
mètres où il ne manquera jamais de s'arrêter... Nous sommes finalement
tous au camp moraine situé à la base d'une petite falaise. Il y a
peu d'eau à ce camp, elle coule la journée en un fin filet le long
de la falaise.
Le
lendemain matin, les porteurs montent notre matériel de montagne jusqu'au
camp glacier situé sur un petit replat à 5400m. Nous montons un peu
plus tard, en fin de matinée. Nous croisons nos porteurs qui redescendent
jusqu'en bas pour être à Huaraz le soir même. Un peu déçus de ne pas
avoir à nous attendre deux jours et voir leur contrat prolongé, ils
ne redescendent rien dans la vallée, ni leur tente, ni les poubelles.
Adieux sympathiques et chaleureux... Nous mettons plusieurs heures pour
installer le camp : creuser dans la neige pour obtenir quelques terrasses
plates pour les tentes est éprouvant à cette altitude. C'est notre
premier camp sur neige, le coucher de soleil est magnifique mais nous
sommes tous surpris par la brusque baisse de température dès qu'il
a disparu (elle passe de +10°C à -10°C en quelques minutes). Le dîner,
à l'extérieur, n'en est que plus rapide. Soupe, premiers plats lyophilisés,
première rencontre avec ce hachis parmentier en poudre si facilement
étouffant. Sans forcément beaucoup manger, on n'en peut vite plus
!
Quelques
heures plus tard, à trois heures et demie, le froid est piquant, il
faut s'extirper des duvets. Nous commençons l'ascension de nuit, il
faut d'abord rejoindre le col au-dessus du camp qui marque le début
de l'arête sud-ouest. Elle est très large au début avec une bonne
trace et ponctuée par quelques courtes (50m) sections raides. On évite
la dernière partie trop raide de l'arête par une traversée de 100m
sur la droite par un passage inquiétant : 20 m sur ce qui ressemble
à une plaque à vent, 20 m sous un sérac super menaçant, puis 20 nouveaux
mètres de plaque. Nous prenons un écart maximum au sein de chaque
cordée, libérant toute la longueur de corde disponible afin de maximiser
nos chances de se récupérer en cas de problème et passons l'endroit
en courant. Nous sommes à 6000 m, le sprint est éprouvant au possible.
Mais nous prenons alors pied sur une arête magnifique, passant enfin
au soleil de cette matinée et découvrant la face Est du Chopicalqui
striée sur toute sa hauteur d'ice-flutes flamboyants aux premiers
rayons. Les derniers mètres sont quelque peu laborieux du fait de
l'altitude, mais encore une fois la montagne nous rend au sommet mille
fois l'effort investi. Quelques moments magiques, déconnectés de toute
réalité matérielle, absorbés tout entier à la contemplation de l'univers
merveilleux qui nous baigne; mais vite il faut revenir sur Terre et
redescendre si on veut être tout en bas ce soir.
Nous
atteignons le camp que nous démontons rapidement puis nous continuons
la descente et malgré quelques problèmes gastriques et des sacs de
25 kg (nous n'avons plus les porteurs et le malade ne porte rien),
nous atteignons tous la piste vers 19h le soir même. Il fait nuit.
Il n'y a plus beaucoup de circulation à cette heure-ci. De l'endroit
où nous sommes, nous pouvons voir le début de la route depuis le col
du Chopicalqui. Les lumières de phares que nous suivons une demi-heure
avant leur passage devant nous nous créeront d'intenses espoirs et
de profondes déceptions. Alors que nous commencions, au bout de deux
heures d'attente, à envisager de plus en plus sérieusement le bivouac
au bord de la route un camion passe et accepte de nous prendre dans
sa benne. D'abord réjouissant, le voyage sur les sacs de grain, entre
cochon et cages à poulets, s'avère froid : la benne est tout sauf
isolée de l'extérieur mais nous voyons très bien le soleil étoilé.
Nous nous arrêtons à Caraz pour la nuit dans un hôtel type rustique
profond puis le lendemain matin nous rentrons à Huaraz...
Chopicalqui, 6354m, validé.
Nous repartons
le 22 juillet vers notre principal objectif, la fameuse montagne qui
fait de nos rêves les plus beaux que nous n'ayons jamais eus : l'Alpamayo.
Pour s'en approcher, il faut commencer par refaire une partie du trek.
Nous sommes beaucoup plus chargés que la dernière fois car nous avons
tout le matériel technique de montagne : deux piolets chacun, cordes
en plus grand nombre, broches à glace, pieux à neige et dégaines.
Les porteurs du Chopicalqui sont revenus nous voir : nous ne devons
pas être de si mauvais clients que ça. Nous engageons donc deux porteurs
et un muletier avec deux mules. Les porteurs ne porteront nos affaires
qu'au-dessus du camp de base, là où les mules font demi-tour pour
redescendre. Le premier jour nous reprenons un collectivo jusqu'à
Cashapampa, puis nous remontons la même vallée encaissée que deux
semaines auparavant. Nous dormons un peu plus loin que Llamacoral
pour éviter de se retrouver avec 50 autres touristes. La tentative
de pâtes au dîner est toujours aussi lamentable du point de vue culinaire.
Le
lendemain, après deux heures de marche, nous quittons la route de
notre trek pour prendre la vallée qui monte vers le camp de base de
l'Alpamayo. Nous l'atteignons en une heure et nous nous abritons quelques
instants dans une cabane de muletier, il pleut. Le coin est superbe,
surtout grâce à la présence de très beaux arbres à l'écorce rouge
et de la belle pyramide élancée posée en face de nous qu'est l'Artesonjaru.
Le muletier repart chez lui. Il voulait être payé en dollars, malheureusement
nous n'avons plus que des soles. A trois, avec les deux porteurs,
ils se perdent pendant 25 minutes dans des abîmes de conversion. Loin
de leur faciliter la tâche, nous les embrouillons encore plus en faisant
des approximations dans tous les sens. Enfin au final ils y sont arrivés
! Nous remontons ensuite la moraine qui domine le camp de base, et
au bout de deux heures nous arrivons au camp moraine à la limite inférieure
du glacier. Le lieu est beaucoup moins charmant, nous essayons de
trouver un endroit à peu près plat dans ces étendues de gros blocs
de pierre charriés par le glacier; l'eau est rare, seul un mince filet
coule entre deux rochers 100 mètres au-dessus de notre camp. Nos porteurs
sont restés dans la cabane au camp de base pour la nuit. Le matin
du 24 juillet, ils nous rejoignent vers 7h et continuent vers le camp
suivant, situé à 5300m au col entre le Quitaraju et l'Alpamayo. Nous
les suivons quelques heures plus tard. Il faut remonter le glacier
qui descend du col, la pente est douce au début et se redresse à la
fin à 40° sur 100m. Cette année, le passage terminal juste en dessous
du col est en très bonne condition. Les séracs sont très peu menaçants,
certaines années ils interdisent tout passage, à moins de ne pas être
soutien de famille. Après deux ou trois heures de montée, nous arrivons
au col en début d'après-midi. Le panorama devrait être magnifique,
mais nous sommes dans le brouillard. Il y a déjà beaucoup de terrasses
dans la neige pour les tentes, nous les montons rapidement puis nous
nous engouffrons à l'intérieur car il s'est mis à neiger. Les précipitations
ne s'arrêteront pas de l'après-midi et continueront encore toute la
soirée. Nous dînons dans les tentes. Ambiance. Demain, c'est normalement
le "summit day", nous en doutons quelque peu. Par ce temps-là en montagne,
on n'est bien que dans la douce chaleur des duvets. Elle a d'ailleurs
vite raison de notre anxiété et Morphée nous entraîne loin de ce monde
devenu quelque peu hostile.
Le
25 juillet, à une heure du matin, la voie lactée est magnifique, rouge
par endroits, et les millions d'étoiles ont à cette altitude assez
de luminosité pour éclairer les cristaux de neige et peupler la montagne
de milliers de lucioles. Il fait grand beau. La journée sera donc
intense et longue. Nous ne nous levons vraiment que deux heures plus
tard et nous partons de nuit vers la face sud-ouest, celle qui fait
rêver tous les alpinistes, que nous n'avons toujours pas vue. La neige
a recouvert la trace qui y mène mais une cordée est passée juste avant
nous et nous n'avons qu'à suivre leurs pas. Le premier de cette cordée
est un guide péruvien accompagné d'un alpiniste allemand, débutant
sans doute. Nous les rejoignons à la rimaye où nous aidons l'Allemand
à franchir le passage, debout en crampons sur les épaules d'un des
nôtres. Puis nous nous engageons à leur suite dans l'ice-flute que
suit la voie, la pente y est de 55-60°sur 350m. L'assurage est excellent,
il y a des pieux à neige en moyenne tous les 20m. Les 50 premiers
mètres sont en neige, l'ascension est plaisante mais la glace se fait
de plus en plus présente au fur et à mesure que l'on s'élève. Et nous
nous retrouvons vite dans une situation que l'on évite au maximum
dans les Alpes : grimper à plusieurs cordées dans une voie en glace,
il est en effet dans ces conditions assez inévitable de s'envoyer
des morceaux de glace les uns sur les autres. La dernière cordée revit
Verdun puis nous nous efforçons de grimper plus prudemment et donc
aussi beaucoup plus lentement. Vers 10 heures, le temps se gâte à
nouveau et nous sommes rapidement dans le brouillard. La cordée germano-péruvienne
progresse lentement et cette lenteur se répercute sur nos cordées.
L'un de nous chronométrera, montre en main, qu'il sera resté 2 heures
et demi à un relais, à attendre sous une pluie interminable de blocs
de glace de tous gabarits. Nous atteignons tous le sommet en début
d'après-midi. On ne voit pas à 20 mètres mais le moment reste intense.
Le sommet est une arête extrêmement effilée, à peine 50cm de large,
des pentes à presque 80° s'enfoncent des deux côtés dans des abîmes
rendus insondables par le brouillard. Voilà notre seul souvenir du
sommet de l'Alpamayo.Nous entamons les rappels de descente dans notre voie
de montée. Au milieu de la descente, il se met à neiger. L'ice-flute
que nous descendons devient un véritable torrent de neige. Nous arrivons
enfin à la rimaye. La trace qui mène au camp a complètement disparu
sous la neige, il nous reste à peine plus d'une demi-heure de jour.
Il neige toujours, le brouillard se déchire parfois mais ne nous permet
pas de repérer nos tentes. Il s'agit d'abord de retrouver l'unique
pont de neige qui permet de traverser une grande crevasse qui barre
tout le glacier en contrebas. La première cordée part devant pour
installer un rappel, trouve le pont de neige. La deuxième cordée part
cinq minutes plus tard, mais elle ne voit déjà plus la première et
la trace a disparu sous la neige. Elle fonce droit vers la crevasse,
à gauche du pont de neige et fait demi-tour alors que le premier de
cordée s'enfonce brusquement jusqu'à mi-cuisse... Dans ces conditions,
au lieu de vouloir gagner quelques minutes, il fallait évidemment
rester groupés. Nous essayons ensuite de suivre l'ancienne trace en
sondant sous la neige fraîche avec un bâton télescopique. Nous restons
bien concentrés, la moindre erreur d'itinéraire et nous risquons d'errer
toute la nuit sur ce glacier, à 5000m. Au bout d'une heure de descente,
le brouillard se déchire et dévoile notre camp à une centaine de mètres.
Jamais nous n'avons été aussi heureux de voir nos tentes !
Nous les atteignons à la tombée de la nuit, vers 19 heures. Les étoiles
entrevues 17 heures plus tôt n'ont pas menti, c'était bien la journée
la plus intense de notre séjour au Pérou. Le lendemain vers 6 heures,
nous jetons un coup d'oeil dehors : il fait un temps splendide, le
soleil se lève sur l'Alpamayo! Nous sommes tous vite dehors pour le
spectacle tant attendu car repoussé à chaque fois : la contemplation
de la face sud-ouest de l'Alpamayo, celle que l'on a gravie la veille,
celle qui lui vaut le titre de "plus belle montagne du monde". Les
quelques moments de bonheur intense dans le froid piquant du petit
matin, hypnotisés par cette montagne qui est là, oui enfin là,
on ne rêve plus, juste en face de nous, sont à la hauteur de toutes
nos espérances et resteront longtemps gravés dans nos mémoires. Nous
décidons de lever le camp, il est trop tard pour faire le Quitaraju
initialement prévu aujourd'hui et nous n'avons pas le courage d'attendre
jusqu'à demain. Nous redescendons du col en deux rappels, dépassons
le camp moraine et nous continuons jusqu'au camp de base où nous nous
installons confortablement dans la cabane de muletier. Le 27 juillet,
nous descendons jusqu'à la route à Cashapampa. Comme la veille, les
sacs sont assez lourds (dans les 25 kilos) puisque nous n'avons plus
aucun porteur. Les sept heures de descente sont plutôt éprouvantes
mais nous sommes assez motivés par l'idée de dormir dans un lit et
de manger autre chose que des pâtes pas cuites ou des lyophilisés.
Le soir même nous sommes de nouveau à Huaraz, nous nous régalons dans
un restaurant où nous avons désormais nos habitudes, soupe à l'oeuf,
poulet, frites, Cristal (la bière locale) puis détour par le vendeur
de gâteaux et nous nous endormons bien vite, des images - bien réelles
maintenant - plein la tête, le coeur gonflé par le sentiment d'avoir
vécu quelque chose de fort.
Nous les atteignons à la tombée de la nuit, vers 19 heures. Les étoiles
entrevues 17 heures plus tôt n'ont pas menti, c'était bien la journée
la plus intense de notre séjour au Pérou. Le lendemain vers 6 heures,
nous jetons un coup d'oeil dehors : il fait un temps splendide, le
soleil se lève sur l'Alpamayo! Nous sommes tous vite dehors pour le
spectacle tant attendu car repoussé à chaque fois : la contemplation
de la face sud-ouest de l'Alpamayo, celle que l'on a gravie la veille,
celle qui lui vaut le titre de "plus belle montagne du monde". Les
quelques moments de bonheur intense dans le froid piquant du petit
matin, hypnotisés par cette montagne qui est là, oui enfin là,
on ne rêve plus, juste en face de nous, sont à la hauteur de toutes
nos espérances et resteront longtemps gravés dans nos mémoires. Nous
décidons de lever le camp, il est trop tard pour faire le Quitaraju
initialement prévu aujourd'hui et nous n'avons pas le courage d'attendre
jusqu'à demain. Nous redescendons du col en deux rappels, dépassons
le camp moraine et nous continuons jusqu'au camp de base où nous nous
installons confortablement dans la cabane de muletier. Le 27 juillet,
nous descendons jusqu'à la route à Cashapampa. Comme la veille, les
sacs sont assez lourds (dans les 25 kilos) puisque nous n'avons plus
aucun porteur. Les sept heures de descente sont plutôt éprouvantes
mais nous sommes assez motivés par l'idée de dormir dans un lit et
de manger autre chose que des pâtes pas cuites ou des lyophilisés.
Le soir même nous sommes de nouveau à Huaraz, nous nous régalons dans
un restaurant où nous avons désormais nos habitudes, soupe à l'oeuf,
poulet, frites, Cristal (la bière locale) puis détour par le vendeur
de gâteaux et nous nous endormons bien vite, des images - bien réelles
maintenant - plein la tête, le coeur gonflé par le sentiment d'avoir
vécu quelque chose de fort.Ce sont alors
nos adieux à Huaraz. Comme nous n'avons pas fait le Huascaran mais
le Chopicalqui, plus court, nous disposons de deux jours pour faire
du tourisme. Balades, marchés couvert et non couvert, sites Pré-Incas,
sources d'eau chaude, cinéma local : 8 FRF pour un Mission Impossible
II version piratée sur Internet, en VO inaudible sous-titrée espagnol,
mais vu la complexité du film, les images même mauvaises suffisent...
Adieux à l'hôtel Espana, sa douche plutôt froide et Nelly, patronne
grand-mère, chaleureuse parfois jusqu'à l'envahissement ! Adieux à
la Cordillère Blanche. Retour Lima en bus de nuit. Encore une grosse
nuit !.
Nous
arrivons en avion à Cusco dans la matinée du 2 août. La ville est
belle, très touristique et contraste avec tout ce que l'on a pu voir
auparavant au Pérou. L'ancienne capitale inca a été rasée par les
Espagnols, rendus fous par l'abondance en or de tous les temples de
la ville et bien décidés à en finir avec la civilisation des peuples
du soleil. Ils n'ont cependant pas réussi à supprimer les fondations
des bâtiments, composés de pierres monumentales de plusieurs dizaines
de tonnes. Sur ces fondations indestructibles, ils ont ainsi élevé
de splendides édifices dans le plus grand style colonial et baroque
flamboyant. Cusco est la capitale touristique du Pérou, à juste titre.
Nous nous renseignons sur le trekking que l'on pourrait effectuer
pour aller jusqu'au Machu Picchu, la fameuse cité religieuse. Le classique
trek de l'Inca ne nous intéresse pas : il peut y avoir jusqu'à 400
personnes sur la même étape ! En revanche un couple d'Anglais rencontré
trois semaines auparavant nous avait indiqué un autre trek beaucoup
moins fréquenté. Nous achetons une carte dans une agence de voyage
(difficilement : tout est fait à Cusco pour inciter les touristes
à trekker avec une agence) et nous décidons de partir le lendemain.
A 4h30 du matin le 3 août, nous traversons Cusco animé par les touristes
enivrés sortant de discothèque et nous prenons un bus pour Mollepata.
Cette fois nous partons léger, sans porteurs, avec 4 jours d'autonomie
en nourriture, quelques vêtements et les tentes. A Mollepata, petit
village indien d'une centaine d'habitants, à trois heures de route
de la première ville, Cusco, dont une heure de piste, nous nous rendons
compte que nous n'avons qu'une seule petite casserole pour faire la
cuisine pour sept. A tout hasard, nous faisons le tour du village
pour chercher une popote, sans succès. Mais alors que nous déjeunons,
résignés, au soleil, sur la petite place centrale de ce coin du bout
du monde, un homme arrive droit du ciel vers nous pour vendre une
batterie de cuisine complète ! Nous ne mangerons pas dans une pierre
creuse avec deux morceaux de bois. Le bonheur tient à peu de choses.
Nous
ne connaissons pas vraiment l'itinéraire à suivre. La toute première
partie n'est décrite nulle part. Nous suivons alors un vieil homme
puis pendant quelques heures une jeune fille à cheval qui rentre de
l'école. Nous traversons derrière elle quelques collines arides et
après 6 heures de marche, arrivons dans la vallée du Rio Blanco, chez
elle. Petit achat de bière chez sa mère, mais c'est seulement pour
la remercier... Nous campons un peu au-dessus sur un replat vers 4000
m, au confluent de deux vallées face au magnifique Salcantay (6294m),
montagne sacrée des Incas. Le lendemain, nous montons au col (4500m)
au pied du Salcantay en contournant deux grosses moraines par la gauche.
La face imposante du Salcantay disparaît vite dans la brume et c'est
bientôt à notre tour de plonger dans le brouillard. Au col, on ne
voit pas grand-chose à part les dizaines de cairns construits là par
les Indiens à chacun de leurs passages et couverts de crânes de mules.
Nous redescendons de l'autre côté, le monde minéral de la haute montagne
et le brouillard cèdent vite la place à des alpages d'altitude et
à une bruine froide. Nous dépassons une prairie plate où nous aurions
pu camper et nous nous enfonçons dans une végétation de plus en plus
luxuriante.
Le contraste est saisissant entre le monde de glace et de pierres
que l'on vient de quitter et l'exubérance de cette forêt tropicale
de montagne. On y découvre plusieurs espèces d'orchidées, des colibris,
quelques oiseaux multicolores aux chants lancinants plus que mélodieux,
et des mousses, lichens, lianes qui occupent le moindre espace baigné
de temps à autre par un petit rayon de soleil. Nous croisons quelques
paysans qui pratiquent la culture sur brûlis. Ils vivent dans de petites
huttes, leur isolement est étonnant, les enfants vont encore à l'école
à Mollepata (ils ne doivent pas y aller tous les jours !). Le soir
nous campons sur une belle prairie plate à côté de quelques huttes.
Le 5 août nous décidons de ne pas descendre la vallée jusqu'à Santa
Teresa, mais de prendre un chemin qui va vers le site du Machu Picchu
plus rapidement en coupant par la montagne à partir du village de
la Playa. Nous déjeunons au milieu des dindons dans ce petit village,
puis après encore quelques centaines de mètres sur la piste principale,
nous prenons un petit chemin sur notre droite qui n'est pas évident
à trouver (il faut demander aux habitants). Nous traversons d'abord
quelques plantations de café et de bananes où se reposent tranquillement
une dizaine d'indiens qui nous indiquent notre chemin avec enthousiasme
(surtout à Aurélie, la fille du groupe). Après avoir foncé droit sur
un piège à lynx, nous trouvons le bon chemin et parvenons vite à la
forêt vierge de toute intrusion de l'homme. Seul le petit chemin que
nous suivons nous relie au monde des hommes et nous guide dans la
jungle. Sa richesse nous fascine encore et toujours. Nous atteignons
un col et nous redescendons de l'autre côté, toujours dans cette forêt
luxuriante. Nous arrivons subitement sur une petite prairie plate
qui vivote là on ne sait comment. En face de nous, le Machu Picchu
! Moment magique où à peine sortis du couvercle impénétrable et opaque
de la forêt tropicale, on découvre ce site tant de fois rêvé et imaginé.
Le bivouac est magnifique, nous n'en trouverons jamais le point d'eau.
Il est 17h30. Assez frustrés de devoir quitter ce lieu aussi paradisiaque,
nous continuons la descente de nuit. Au bout d'une petite heure, nous
tombons littéralement nez à nez avec le coin d'une ferme, complètement
isolée. Les habitants sont très sympathiques et ils ont de l'eau.
Ils nous proposent de dormir sur la dalle en béton à côté de leur
maison où ils font sécher le café. Pour la première fois de notre
séjour au Pérou, nous décidons de ne pas planter les tentes. Le ciel
nous punit implacablement de notre faiblesse, puisque deux heures
après nous être endormis, allongés sur notre dalle, il se met à pleuvoir,
la pluie ne s'arrêtera qu'au petit matin. Climat tropical dans les
duvets. Nous nous protégeons tant bien que mal avec nos couvertures
de survie, jamais assez grandes pour nous couvrir entièrement d'autant
que le moindre coin de duvet qui dépasse fait immédiatement éponge
et se gorge d 'eau. La dalle de béton n'était pas rigoureusement plate
: ceux qui ont eu la malchance de dormir dans une dépression vivront
le phénomène encore plus douloureusement...Le lendemain matin, on ne traîne évidemment pas trop
dans les duvets. Tout en faisant sécher nos affaires, nous observons
nos hôtes qui vivent ici en presque complète autarcie avec quelques
poules, lapins, des caféiers et bananiers et trois petits chiots.
Nous descendons dans la vallée et nous suivons le torrent jusqu'à
l'usine hydroélectrique du Machu Picchu. Nous y prenons le train local
(sa vitesse moyenne en comptant les arrêts oscille entre 5 et 10 km/h)
jusqu'à Aguas Calientes, étonnant village complètement dédié au tourisme
qui a poussé comme un champignon tout autour des rails et des sources
thermales. Le matin du 7 août, il pleut et au lieu de marcher une
heure sous la pluie battante, nous rejoignons la foule des touristes
pour prendre un bus luxueux qui nous emmène jusqu'au site du Machu
Picchu. Il nous apparaît d'abord complètement fantomatique dans des
nappes de brouillard qui s'entrelacent. Les constructions sont étonnamment
bien conservées, les gros blocs qui les constituent ont des formes
harmonieuses et s'emboîtent parfaitement. Les nuages se déchirent
peu à peu tandis qu'on prend de la hauteur en direction du chemin
de l'Inca. Un groupe de français en voyage organisé accepte sympathiquement
de partager son guide avec nous et nous découvrons l'histoire du site,
les différents temples, l'organisation étonnante et rigoureuse d'une
cité religieuse inca. Nous grimpons jusqu'au Huayna Picchu observer
le site d'en haut. Au retour, nous empruntons la toute dernière portion
du chemin dallé des incas afin de redescendre sur Aguas Calientes.
Un gamin habillé en petit inca avec des tongs faites à partir de gomme
de pneus nous double en courant ; il coupe les lacets de la route
pour rattraper un bus de touristes qui descend aussi et leur crier
à chaque virage : " Good bye ! ".Moyen de se faire un peu d'argent
de poche. Il s'arrête quand même dix secondes devant Aurélie pour
lui demander sa nationalité et le nom du président français. Quelque
peu troublée, elle répond Mitterrand...
Le lendemain, par le train et un collectivo, nous
rentrons à Cusco où nous flânons toute la journée. Nous prenons un
avion pour Lima le matin du 9 août et nous quittons le Pérou le soir-même.
Dans l'avion, les belles montagnes de la Cordillère Blanche, les balades
dans la jungle, les sites Incas, la musique péruvienne, les bons petits
plats typiques nous manquent déjà...




